Alex Le Play: blessures et libertés

Une première vie d'ingé son. Un doctorat de littérature sur Les récits de voyageurs au Canada. Un job de consultante et chargée de formation en Ressources humaines. C'est sûr que le parcours d'Alex Le Play suit une courbe normade et son premier album, Oblique est riche de ces existences mêlées. Au fil de cette auto-fiction musicale, Alex se fait l'écho de combats féministes ou écologistes et l'on entend derrière les rythmes bondissants, craquer les neiges intimes du Canada où elle a passé six ans - son titre Water song a buzzé sur la plateforme anglophone Number 1 Music. L'occasion de le soumettre à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.


1. Votre premier quart-d’heure de gloire?

Peut-être suis-je en train de le vivre maintenant ? C’est ma première interview.


29. L’appli musique que vous avez le plus recommandée?

Sans hésitation GarageBand. J’ai écrit tout l’album dessus. On peut tout faire, quand on veut et où on veut. Je compose et j’enregistre sans cesse, que ce soit sur mon téléphone ou ma tablette, où que je sois dans le monde (je suis pas mal en voyages professionnels. Je l’ai conseillée à plein de gens, musiciens, apprentis musiciens, parents, enfants.


22. Une ville/un pays inspirant(e)?

Le Canada. J’y ai vécu six ans et l’ai quitté à contre-coeur. Il nourrit constamment ma création. Je me suis passionnée pour son histoire et sa littérature. Beaucoup de chansons en découle. Et puis, il y a le Liban, et mes racines.


12. Une chanson, un disque qui a changé votre vie?

Je pense que c’est The Song Remains the Same de Led Zeppelin. C’est LE disque qui m’a donné envie de jouer de la batterie, mon premier instrument. Je n’avais jamais entendu une rythmique pareille, l’énergie qui se dégage du jeu de John Bonham est tellement incroyable. Quelques années plus tard je me suis acheté une guitare et j'ai commencé à composer.




8. Votre côté garçon manqué? Fille manquée?

Il y a un côté manqué, mais je ne sais pas lequel.


36. Que met-on, que laisse-t-on, de soi dans une chanson?

A mon avis, on met tout de soi dans une chanson, sa personne, sa vie, ses joies, ses tourments.. absolument tout. Mais une chanson reste une création, une histoire que l’on raconte. Heureusement, toutes les chansons ne sont pas complètement autobiographiques. Donc, à la fin on ne laisse pas tout de soi. On peut choisir un mot ou une note pour créer une couleur ou une ambiance ou parce que l’on trouve cela parfait à ce moment précis, sans que cela ait un rapport direct avec soi. Une fois la chanson terminée, si vous choisissez de la rendre publique, elle ne vous appartient plus. Et chacun est alors libre de son interprétation.



30. Votre côté sombre/solaire?

Il y a dans l’album un titre qui s’intitule Rêves épars où je chante : « Je cherche ma place entre ombre et lumière. De l’eau gelée dans mes sacs». Je pense que les deux cohabitent en proportions variables dans une vie. Publier Oblique, pour moi c’est montrer ma part d’ombre et accepter sa lumière. Se placer du côté solaire, c’est accueillir la lumière certes, mais c’est aussi accepter de s’exposer, de prendre des risques. Ce qui invariablement peut nous ramener à l’ombre.


8. Le destin des femmes vous touche-t-il davantage que celui des hommes?

Je suis très sensible au destin des femmes. J’ai fait des études de littérature et je m’intéresse beaucoup à la représentation des femmes dans la littérature et dans la société. J’ai récemment lu la biographie graphique de Josephine Baker par Catel & Boquet (Casterman) et je me suis demandé pourquoi son destin n’est pas davantage connu. Cette femme, afro-américaine qui débarque en France en 1925 a lutté pour la liberté et l’égalité toute sa vie. Elle a été active dans la résistance, a lutté pour les droits civiques aux Etats Unis. Elle a recueilli et adoptés 11 enfants de toutes origines qu’elle a élevés et tant d’autres choses encore. Et tout ce que l’on retient d’elle, c’est une danseuse qui montre ses seins avec un jupe faite de bananes…


le 20 mars sur Apple Music, Deezer, Spotify et  www.band.fm/alexleplay

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