Smart Swann Arlaud

Mis à jour : mars 28





César du meilleur acteur de l’année 2018, pour Petit Paysan, Swann Arlaud est une fois encore épatant dans Un Beau voyou, où il incarne un insaisissable Arsène Lupin d’aujourd’hui, voleur de tableaux d’art contemporain. Avec son jeu fluide et félin, Swann s’est glissé dans la peau de cet acrobate cambrioleur qui sillonne les toits de Paris, à ses trousses un policier bientôt à la retraite (Charles Berling). Vedette de ce polar en aérien, aux dialogues décalés, Swann séduit de bout en bout.


De quelle façon avez-vous préparé Un Beau Voyou?

Je travaille rarement la psychologie d’un personnage, je cherche des éléments plus concrets, son métier, ses gestes. Là, il n’y en avait assez peu. J’ai pratiqué l’escalade indoor pour m’entraîner sans avoir le vertige. Bertrand, le héros d'Un Beau Voyou, navigue dans Paris, il change d’identité, se fait appeler François ou Antoine, joue avec lui-même, se cache, est inattrapable. J’ai essayé de tendre vers le plus de neutralité possible, être presque absent au personnage, m’effacer pour lui donner une part de mystère. C’était une tentation du rien, mais rien, ce n’est tout de même pas rien: la voix, la tête, la manière de se tenir. J'ai pu cependant incarner les personnages qu’il devient au gré de certaines scènes dans lesquelles il joue lui-même un personnage, celui d’agent immobilier ou bien lorsqu’il fait semblant de s’effondrer dans le commissariat. J’ai tendu vers une sorte de vérité dans le faux, puisque Bertrand joue vrai pour de faux, il fallait me tenir ailleurs dans le jeu.




Comment s’échappe-t-on de Bertrand?

Pendant un tournage, je suis toujours très concentré sur un personnage. Une fois fini, je l’abandonne sans problème et très vite. La joie de l’éphémère me convient. J’en sors enrichi, car chaque film me modifie.


Si vous deviez recensez les grandes étapes de votre filmographie?

En premier, Le temps des porte-plumes, de Daniel Duval {disparu en 2013}, il a été une rencontre importante. Nous avions beaucoup de tendresse l’un pour l’autre. Daniel m’a donné confiance en moi et aussi le goût pour ce métier, ce qui n’est pas rien. Jusque-là, je n’avais joué que dans des séries télé, c’était des jobs d’été de luxe. Daniel m’a dit qu’il était fier de moi, qu’il avait connu mon grand-père comédien, Max Vialle, et qu’il serait aussi fier de moi. C’est important pour la filiation. Ensuite Jean-Pierre Améris, si fidèle; nous avons fait trois films ensemble {L’Homme qui rit; Les Emotifs anonymes et La Joie de vivre}. Avec Crawl, de Hervé Lasgouttes, j’ai connu mon premier premier rôle. C’était avant tout une relation humaine forte, mais porter un film sur ses épaules, c’est quelque chose. Enfin, j'ai franchi une étape avant Petit Paysan, de Hubert Charuel, lorsque Ni le ciel, ni la terre, de Clément Cogitore, et Les Anarchistes, de Elie Wajeman, ont été sélectionnés au Festival de Cannes. On a commencé à parler de moi, j’ai été nominé aux César.


Vous avez déjà co-réalisé un court-métrage, Venerman. Passerez-vous un jour au long?

Le jeu a quelque chose d’expiatoire, cela permet de se débarrasser d’un trop plein émotif. Après, si l’on a soi-même des choses à raconter, cela ne passe pas forcément par le jeu. Moi, j’ai toujours eu envie de réaliser des film avant même de devenir acteur, mais je ne suis pas pressé. Acteur, c’est un endroit privilégié pour regarder et apprendre la mise en scène.


Parlez-nous de l’effet Petit Paysan?

Petit Paysan a changé ma vie: j’ai grandi à Paris, alors incarner un paysan était un vrai rôle de composition. Le César a marqué le reconnaissance du métier, et m'a permis d’accéder à plus de possibles. Je ressentais un rapport illégitime, du fait d’être un enfant de la balle {sa mère est Tatiana Vialle, directrice de casting et metteuse en scène, son beau-père Bruno Nuytten, directeur de la photo et cinéaste de Camille Claudel}, j’ai vu passer tellement d’artistes depuis que je suis gamin, j’ai mis du temps à accepter que comédien était ma place.




Petit Paysan, de Lucas Bernard. Sortie le 2 janvier. Avec aussi Charles Berling et Jennifer Decker.

Grâce à Dieu, de François Ozon. Sortie le 20 mars. Avec aussi Melvil Poupaud et Denis Ménochet.

Exfiltrés, de Emmanuel Hamon. Sortie le 6 mars. Avec aussi Finnegan Oldfield.



Bonus: ses 3 films de chevet

Loulou, de Maurice Pialat. Du cinéma-vérité. Vu 50 fois

Master & Commander, de Peter Weir. Deux acteurs puissants {Russel Crowe, Paul Bettany) Vu 15 fois

Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin. Bouleversant

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