Mustii, le multiple de Thomas Mustin


© Daniil Lavrovski

Un Hamlet vrillé de Bowie côté planches. Le Magritte (César du cinéma Belge) du meilleur espoir pour L'échange des princesses. Des rôles balayés par le vent des névroses: Patrick Dils dans Je voulais juste rentrer chez moi, Rémy, l'oracle de L'île aux trente ans cercueils. C'est Thomas Mustin ou l'art des collisions artistiques. D'autant que derrière le comédien bruxellois, et ses personnages à la douceur étrange, se profile Mustii, rockeur aux deux albums chargés d'ivresses existentielles, de guitares rageuses et de profonds adieux. Une eau d'ombre coule d'ailleurs sur son dernier CD, It's happening now, un disque concept qui évoque, à travers la schizophrénie de son oncle, les vies ordinaires dérangées d'idées sombres. L'occasion idéale pour soumettre Mustii/Mustin à l’interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.

1. Chantez-vous dans votre salle de bain, dans la cuisine, dans le métro?

Oui, je chante tout le temps et très souvent dans les halls d’immeubles en rentrant de soirée. Pas du Carla Bruni, plutôt des chansons de Tina Turner qui demandent du coffre comme Goldeneye. Je conseille à tout le monde de chanter, cela donne confiance en soi, en son corps.

5. Plus d’amis ou d’amies?

Je n’ai jamais vraiment compté mais j’ai un rapport très facile avec les filles, et cela depuis l’école. Parfois, je me sens moi-même un peu fille.


18. Une anecdote derrière votre nom de scène?

Je cherchais un. mot simple, je suis parti de mon nom de famille et j’ai doublé le i pour apporter une distance. C’est un peu moi puissance 10, Thomas passé à la loupe.

30. Une chanson, un disque qui a changé votre vie?

J’ai été très marqué par Lost highway de David Lynch et aussi par la B.O, en particulier I’m deranged de David Bowie. Du coup, j’ai tiré un fil et découvert l'album Outside, qui m’a terriblement impressionné, et je suis devenu un fanboy. J’écoute Bowie en permanence.



22. Une date artistique importante?

Avoir incarné Hamlet, le rêve ultime pour un comédien. Je pourrais le jouer toute ma vie sans m’en lasser. Le texte de Shakespeare hante car Hamlet parle de la condition humaine, de la lutte entre le bien et le mal, et d’autres thèmes toujours actuels.


36. Artiste, hasard ou vocation?

Un peu les deux. J’étais ultra-timide enfant et mes parents m’ont inscrit à un cours de théâtre, ça a été une révélation: j’ai voulu faire de la comédie toute ma vie. Jouer m’a permis de mettre du sens aux choses, de trouver ma place, de me sentir considéré. C’est un plaisir extrême qui ne m’a jamais quitté. Très vite, j’ai eu la chance de jouer sur scène Roméo et Juliette pendant deux ans, puis La Trêve sur Netflix, en parallèle de la musique.

14. Comment êtes-vous devenu chanteur?

Pendant mes études théâtrales, en bricolant avec les synthés de mon coloc, sans arrière-pensée. Quand le besoin de musique est devenu physique, j’ai formé un groupe, Seek The Duke, en référence à David Bowie, bien sûr. On a tourné un an dans des bars, puis j’ai démarré en projet solo.


16. L’aventure est à l’intérieur de soi (Henry de Monfreid). D’accord?

Oui et c’est presque nécessaire, pour un acteur. Cela permet de se transformer, de devenir un personnage, de vivre des milliers d’aventures à l’intérieur de soi, sans devenir fou.

12. Quels posters dans votre chambre d’enfant? D’adolescent?

A 8 ans, j’ai développé une grosse obsession pour Titanic et pour Leonardo DiCaprio dont j’étais amoureux. Ses posters couvraient les murs de ma chambre. Il est resté mon acteur préféré.


(C) Olivier Polet

30. Que met-on, que laisse-t-on, de soi dans une chanson?

Cela dépend des périodes. Mon premier album, 21 st Boy, relevait de la fiction: le carnet intime musical d’un adolescent perdu qui commet une tuerie. J’avais en guise de moodboard, le visage de l’acteur d’Elephant, de Gus Van Sant. Dans It's happening now, je me livre davantage puisque j’explore le terreau familial et intime. Le disque parle de mon oncle que j’ai connu d’une façon distante - j’étais renfermé, lui malade - et à travers lui, de nos points communs: la crainte de ne pas être accepté, l’impression de ne pas être en phase avec les autres, le rapport au monde. Mais sans entrer dans l’incarnation, et devenir mon oncle, ni sur disque, ni sur scène.

6. En écoutant vos chansons, on vous connaît à 100%? A 50%?…

Mon jardin secret atteint les 10%. Comment toucher l’autre si l’on ne déballe pas ses tripes.


It's happening now (Warner)

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