Louis Arlette en toutes lettres

Mis à jour : mars 28


Ballades noires, saccades lyriques, mots de peau, de sang, de sueur... Avec Des Ruines et des poèmes, son deuxième album, Louis Arlette imprègne l'électro-rock d'images érudites et brûlantes comme la lave en fusion. Pour l'occasion, le complice de Air durant dix ans (ingé son, mixage, réalisation), réagit aux réflexions de ses aînés chanteurs.


Charles Aznavour: "L'inspiration ne tombe pas de nulle part. Il faut la creuser."

"C'est très juste comme tout ce que dit Aznavour. J’aime la discipline avec laquelle il entretenait son inspiration. Je pense en effet qu’il faut être prêt à la saisir, et à la fois, accepter de se laisser emporter par l’émotion. Moi, je suis toujours aux aguets: de lectures, d’expositions, d’éléments picturaux. Lorsque je lis un livre, je peux trouver une résonance avec moi-même, et rebondir sur un morceau, comme par exemple, Le Livre de l’Intranquillité de Fernandon Pessoa, ou L’Illiade et l’Odyssée, d'Homère. Ce n’est pas une façon de me cacher derrière des auteurs. Au contraire, cela étaye un discours et renvoie à l'idée de transmission. Je peux ainsi jouer Hector le temps d’une chanson, en développant la scène de sa mort: avant de rendre l’âme, Hector, trahi par Achille, a eu le temps de dire quelques mots, cela a donné Des Ruines et des poèmes. "


Alain Bashung: "La technologie me rapproche de mes rêves les plus fous."

"Oui, la technologie est liée à la musique et à mes rêves comme l’énonce Bashung. J’ai eu besoin très jeune de maîtriser le son, la matière sonore. Après le Conservatoire et une fac de musicologie, je me suis inscrit dans une école de son. Six mois plus tard, Air faisait un casting pour un assistant-studio, ils m'ont choisi et j’ai été parachuté dans leur tout nouveau studio. Ce côté sous-marin, ce lieu étanche, ce sentiment de calme avant la tempête, la tempête étant la scène, m'a fasciné. J’ai passé dix ans avec Air avant de me lancer seul. Aujourd’hui, je ne pourrais pas me passer de l'énergie de la scène, du chant."



Brigitte Fontaine: "Mes spectacles sont des cérémonies intenses. Je joue, je fonce et je me sens prêtresse."

" Tout à fait d’accord. L'expérience de la scène est pour moi sans limite, sans fin, sensuelle, sexuelle, jamais pareille. Il y a un côté sportif, mystique, shamanique, vertigineux. On creuse en soi, on voit le fond de soi-même. C’est une peur comparable à celle de la mort. En concert, mes deux personnalités, l'exarcerbée et la calme, se nourrissent l'une de l'autre. Il n’y aurait aucun sens à être sur scène identique qu’au quotidien. "


Georges Moustaki: "L'écriture est une sorte de thérapie joyeuse. Faire sortir de soi toute sa vie intérieure est salutaire."

" Je dirais plutôt jubilatoire ou pourquoi pas joyeux. La Carence m’a été inspiré par Pessoa, il se comparait à un bateau échoué sur le sable, vomi par la marée, une flaque qui sèche au soleil. Penser que tout est matière à création, le vide comme la joie, est réconfortant. J’ai un vrai plaisir de chanter cette chanson, de la gueuler même, à la façon du ' gueuloir de Flaubert.''"



Jean Ferrat: "Les mots sont dangereux. Ils sont pires qu'un fusil braqué."

"Les mots sont une arme à utiliser à bon escient. Une chanson peut avoir des répercussions au niveau personnel, politique, donner du courage, servir de propagande. Ma discothèque est un condensé des disques qui m’ont aidé dans la vie. Dans High Fidelity, de Nick Horny, les personnages proposent parmi leurs Top 5 de disques, une liste autobiographique. Moi, j'ajouterais autobiographique et chronologique et commencerais par Les Beatles, Georges Brassens, Pink Floyd."



Concerts:

Le 13 avril, en showcase à 16 heures. Gibert Barbès (Paris) dans le cadre du Disquaire Day. Le 24 avril à Rouen et le 25 à Nancy, en première partie de The Editors. Le 31 mai, à 18 heures, en showcase. Gibert Saint-Michel (Paris). Le 26 juin, au Café de la Danse (Paris).

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