Les vagues à l'âme de Lonny


(C) Manon Ricupero

Les chansons d'après la peine d'Ex-Voto, premier album de Lonny ont une mélancolie incandescente, une puissance brute qui réveille les nuits recroquevillées, les tempêtes de l'amour et les mers de chagrin. Formée au violon classique, Lonny (Louise Lhermitte) a d'abord habillé d'anglais les morceaux d'un premier EP, What kind of music do you play? avant de se glisser dans la soie d'une folk aux couleurs de sable normand. Mille chevaux d'écumes, et peut-être davantage, accompagnent les ballades crépusculaires d'Ex-voto, un disque réalisé par Jesse Mac Cormack, dans lequel la femme-océan célébre d'un chant subtil des textes chargés d'adieu, ainsi Comme la fin du monde, exquise équation entre la chute et l'éveil. L'occasion idéale pour soumettre Lonny à l’interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.


4. Une citation qui vous accompagne?

Une de Proust qui m’a inspirée Allez chagrin, écrite à la fin de l'enregistrement, une façon de dire adieu à tous les thèmes obscurs du disque, comme un épilogue. « De l’état d’âme qui, cette lointaine année-là, n’avait été pour moi qu’une longue torture rien ne subsistait. Car il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruines, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin. » Ces mots m'ont donné de l'élan pour ranger toutes les douleurs dans le passé.

17. La musique a-t-elle pour vous une fonction cathartique?

En terme d’introspection, avec Comme la fin du monde, je suis allée le plus loin possible dans l’intime. A une époque où il faut s’affirmer en amazone ou guerrière, j'avais envie d'affirmer ma seule vérité face au chagrin : l'envie de me liquéfier, de disparaître. Au-delà du personnel et du psychologique, la musique me donne le sentiment d’être au monde, c’est pour moi une religion. Si on me l’enlève, je suis comme une plante qui se déséche.



14. Une chanson qui vous rappelle l’école?

En classe de 6ème, une prof d’anglais magnifique nous a appris l’anglais avec des chansons des Beatles, notamment Penny Lane. Pouvoir comprendre les paroles de chansons en anglais a été un grand déclencheur pour apprendre la langue. Et Les Beatles ont été une porte d’entrée pour la pop. J'avais commencé à pratiquer le violon alto, attirée par le lyrisme et par les nuances de cet instrument. A l’époque, je me rêvais musicienne ou cheffe d’orchestre.


11. Quels posters sur les murs de votre chambre d’adolescente?

Un immense poster de Joan Baez, la cover de How sweet the sound, qui m’a suivi de ma chambre d’adolescente à celle d’adulte. J’ai toujours des affiches sur mes murs, dernièrement celle de la tournée de Syd Matters.


34. Un choc artistique?

Joan Baez donc, Emmylou Harris, pour la beauté de la voix, et Patti Smith tout en haut. Je l'ai découverte lors d'un concert à la Cité de la Musique, à Paris. J’avais 15 ans, et j'ai reçu une décharge. C’est une espèce de mage dans une vérité spirituelle, poétique et corporelle.


8. Une histoire derrière votre nom d’artiste?

Au départ, j'avais choisi Lonny Montem, pour lonely mountain, montem signifie montagne en latin, je suis née à la montagne et j’aimais bien l’idée d’un prénom américain. J’ai retiré Montem pour être encore davantage au plus près de moi, bizarrement, via cette manière de m’auto-surnommer.

1. Pourquoi ce titre Ex-Voto?

Ce titre est venu dès le départ, je m'en suis éloigné un temps puis j'y suis revenu parce qu’il symbolisait ce que je mettais dans ce disque, entre prière et remerciement, passé et présent.

22. Un pays, une ville inspirant.e?

Montréal m’a beaucoup inspirée même si le pur songwriting est né en France. J’ai erré dans les rues, visité des expositions, baigné dans des ambiances… Une grâce émane pour moi du Québec, où j’ai un point d’ancrage car mon frère y habite, et du Canada en général, avec cette scène musicale exceptionnelle, de Neil Young à Leonard Cohen, de Feist à Patrick Watson et Arcade Fire…


15. La mer?

Je me suis rendu compte à la fin de l’album de la présence de l’eau dans tous mes textes et je n’ai pas essayé d’analyser cette obsession, d’autant que je suis davantage montagne que mer, je déteste l’été et j’ai une peau de rousse.

31. La chanson d’un autre artiste dans laquelle vous vous retrouvez ?

The Only place, de Big Thief: « We'd ride the bends from source to mouth/I want a friend from north to south/To build that question ends a house. » Adrianne Lenker est une chanteuse majeure et interplanétaire, un éco-système à elle-seule, à la fois dans la pureté et dans le grunge. Son besoin d’absolu me touche beaucoup.