Les lumières noires d'Edouard Collin


(C) Pierre Mambour

Regard droit, allure sportive, souriant et fougueux, Edouard Collin trace son chemin au cinéma (Crustacés et coquillages; Nés en 68) et à la télé, notamment dans le rôle de Vincent Humbert (Marie Humbert, le secret d'une mère) mais surtout au théâtre qui lui a déroulé son boulevard (Les Amazones, Panique au ministère ...). Aujourd'hui, dans Mes Adorées, son premier seul en scène tout en force humaniste et en lumières noires, Edouard Collin brise le miroir déformant de bogosse lisse et baraqué et répond à ceux qui lui conseillaient de s'abimer un peu afin de prétendre à des rôles d'écorchés. En fracturant la boîte intime de sa mémoire, le comédien fait ressurgir les uppercuts qui ont écrit le grand roman de sa vie - mère toxico, errance avec elle dans les squats, mort du père quand il avait 12 ans, placement chez sa grand-mère adorée. Car Les adorées du seul en scène, ce sont ses deux grands-mères protectrices à qui il adresse ces rivières de mots. La troisième adorée est sans doute la passion salvatrice du théâtre rencontrée dans le labyrinthe d'une enfance abimée. L'occasion de soumettre Edouard Collin à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.


10. Est-ce que l’on vous connaît à 100% en voyant Mes Adorées?

Mes Adorées est un hommage à mes grands-mères, et particulièrement à celle qui m’a élevé, un personnage de boulevard à elle-seule. Me pencher sur notre lien merveilleux, m'a forcément ramené à ma mère. C’est donc mon histoire à 100% et à la fois je ne me parle pas de mon moi intérieur, donc, non, on ne me connaît pas à 100 %. J'ai aussi écrit ce spectacle, parce qu'on ne me proposait que des rôles que j’avais déjà joué. Pour sortir de cet engrenage et du reproche que l’on me faisait de paraître trop lisse, j’ai replongé dans mes souvenirs.


27. Comédien, hasard ou vocation?

Dès le premier spectacle que j’ai vu enfant, Le Squat, en 2001, j'ai su que je voulais être sur scène pour la complicité qu'entretenaient les vedettes de boulevard avec le public. Ce genre de théâtre a marqué une respiration dans l’histoire compliquée que je vivais alors avec ma mère qui, par ailleurs, avait été comédienne de boulevard, jadis. 8. Qu’avez-vous acheté avec votre premier cachet?

Une montre, je crois.Quand j’ai commencé à travailler, j’ai un peu flambé et ma carte bleue a fini par être avalée. J'ai retenu la leçon. Ma grand-mère maternelle n'avait pas beaucoup de moyen, un sou était un sou. Ma grand-mère paternelle qui, elle, était aisée, m’a dit: « tu te débrouilles. » Cela m’a appris la valeur de l’argent.


13. Un modèle?

Jacqueline Maillan dont j’admire la carrière, la générosité, la pudeur. Je connais ses pièces par coeur. Et Fernandel qui savait séparer le Fernandel populaire et le Fernand privé. Tous les deux ont réussi sur le tard. Pendant longtemps, on ne croyait pas en Fernandel. Giono avait dit à Pagnol: « ne le prends pas, il salit tout ce qu’il touche. » Parce qu’il venait de l’opérette. Il a montré ensuite son sens de la tragédie.

24. Le conseil, la citation qui vous accompagne?

« Méfie-toi de tes amis parce que tes ennemis tu les connais », de ma grand-mère.


26. Votre premier quart-d’heure de gloire?

La première fois que je me suis vu sur un écran de cinéma, seul, au milieu du public de l’UGC des Halles, salle 1, le samedi qui a suivi la sortie de Crustacés et coquillages, en 2007. C’était assez violent de me découvrir en gros plan. A l’époque, j’étais fluet, et Jacques Martineau m’a conseillé: « tu devrais faire du sport, il n’y a pas assez d’acteurs à déshabiller dans le cinéma français. » Depuis, je joue toujours à poil (rires).


31. Quels posters sur les murs de votre chambre d’adolescent?

Les murs étaient recouverts d'affiches de pièces de théâtre, et changeait en fonction des saisons. J'en achetais à la fin de chaque représentation.Elles coûtaient d’abord 10 francs, puis 2 euros. J’ai continué cette collection d’affiches de boulevard, j’en possède au moins 300, le Théâtre Antoine, le Théâtre du Palais Royal m’en ont offerts, notamment l’originale de La Cage au folles.


1. Une chanson que chantait votre grand-mère?

Le matin, elle glissait dans la radio-cassette la K7, celle de Que Viva Espana et chantait à tue-tête. C’est mon versant espagnol.


Mes Adorées, de et avec Edouard Collin. Mise en scène d'Izabelle Laporte. Théâtre du Marais, Paris, les 13, 20, 27 et 28 juillet. theatremarais.fr