Les désirs et les vertiges d'Alexia Gredy


(C) Virgile Guinard

Sa voix de porcelaine capture des sensations fugitives, des petits riens, des grands sentiments qui dessinent sa cartographie intérieure. Paradis, hier, Vertigo aujourd'hui, ce vertige qui saisit devant l'incapacité à figer un amour intense. Alexia Gredy est une chanteuse à la douceur inquiète et érudite. Elle se projetait en acheteuse d'art - ses parents sont dans la brocante, la décoration. Après des études de droit et quelques pas comme mannequin, la musique l'emporte. Alexia a présenté un premier EP, L'Habitude (2017), illuminé par sa plume fine, et produit entre autres as, par Baxter Dury et Geoff Barrow (Portishead). Le prochain, Hors-Saison, attendu pour le 21 janvier, ausculte les coeurs hantés ou rêveurs. L'occasion de soumettre Alexia à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.



7. Aviez-vous des posters dans votre chambre d’adolescente?

Quelques uns que je récupérais à Noumatrouff, la salle de concerts près de Mulhouse où j’étais bénévole, celui de Deportivo par exemple est resté longtemps dans ma chambre. J’en avais un aussi de David Trezeguet. Il avait raté un penalty lors d’une coupe du monde en 2006, et cela m’avait touchée. Je lui avais écrit une lettre pour le consoler. Mon amour des malchanceux est peut-être né là.

4. D’où vient votre inspiration?

Des petites choses simples de la vie, un geste, un moment raté. J’aime bien les raconter d’une façon fidèle, cela crée des images. Vertigo évoque l’incapacité vertigineuse de fixer dans le temps un amour intense. Drôle d’idée est une chanson sur le désir, sur une pulsion. Mes textes mélangent des expériences vécues et des fantasmes. Hors-Saison dresse l’inventaire de sentiments: amour, désir, plaisir, abandon.…


30. L’artiste disparu que vous auriez aimé rencontrer?

J’aurais aimé parler d’amour et de désir avec Françoise Sagan, ce devait être quelque chose. J'aime son goût du jeu, sa folie, la vision de ses personnages.

1. Que met-on de soi dans une chanson?

On met tout de soi et on essaie parfois de le maquiller. Les chansons qui me touchent le plus sont celles vécues ou qui ont l’air d’avoir été vécues. Et puis, quand on écrit, l’inconscient remonte, c'est une forme de lâcher-prise.



21. La chanson, hasard ou vocation?

Un hasard, vraiment. J’ai grandi un peu à la campagne sans télé, ni radio, on avait peu de disques à la maison - Brel, Souchon Bashung, Leonard Cohen, Lucio Battisti… - mais ils passaient d’une manière répétitive. Pendant mes études de droit à Paris, j’écrivais de petites chansons à la guitare dans ma chambre, on m’a proposé de les jouer dans de petits bars. Lors de mon premier concert, j’ai ressenti quelque chose d’assez fort, cela m’a donné envie d'écrire des textes en français, de me dévoiler davantage.

11. Votre premier quart-d’heure de gloire ?

C’est très récent... quand j’ai entendu Vertigo à la radio sur France Inter, un dimanche matin. Je ne m’y attendais pas du tout. Dès les premières notes, je me suis dit: tiens: "mais je connais".

25. Une chanson qui vous rappelle l’enfance?

Pour la Toussaint, on allait en voiture à Ostende, et sur la route on écoutait Le baiser, d’Alain Souchon. A l’époque, je tenais des carnets de voyage, je collais dessus le moindre souvenir, même un emballage du sucre.


34. Que faites-vous entre deux concerts, entre deux chansons?

De la musique… Je suis dans un apprentissage intensif du piano, je trouve cela fascinant et en plus cela me calme. Sinon, je regarde beaucoup de films. J’ai un peu participé à l’écriture du clip de Vertigo. L'image, la musique à l’image m’intéresse beaucoup… Après mes études de droit, je devais effectuer un stage avant un examen, à l’époque je pensais être acheteuse d’art, et j’ai travaillé dans une société de production de clips.

18. Un poète que vous aimeriez mettre en musique?

J’ai mis en musique L’Amour, de Paul Eluard. Interprété par une femme, le poème prend une autre résonance, il parle aussi de l’amoureuse en moi.