Gael Faure vers des ailleurs plus forts

Mis à jour : juin 22


(C) Thomas Laisne

Le goût de la terre, le flot de l'eau, l'odeur de l'herbe coupée, le bruit du blé... C'est Gael Faure tout entier qui s'exprime dans ses chansons funambules, dernièrement avec l'album Regain ou le spectacle de chant, danse et textes autour de Jean Giono. Depuis, l'éco-citoyen, le trentenaire bien planté dans sa vie, l'urbain contrarié a quitté Paris pour d'autres ailleurs, et de ces voyages nomades ou intérieurs est né le morceau Renoncer, fugue annonciatrice d'un EP sans ego, L'Eau et la peau (10 septembre). Un retour aux sources ardéchoises ou autres, Gael Faure co-signe la réalisation du clip, tourné au puits de Sancy, dans la ferme de l'Angle, située en Auvergne. Des images à l'émotion authentique qui touchent, amples et justes. L'occasion de le soumettre à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.


7. La musique, hasard ou vocation?

Après avoir vu un concert de Louise Attaque, vers mes 18 ans, je me suis acheté une petite guitare nylon, et en jouant dessus la première fois, j’ai éprouvé une émotion qui m’a chaviré et ne m’a plus quitté. Lorsque ma première petite copine de l'époque m’a envoyé une lettre de séparation, elle avait mis au dos, l’annonce du casting de Nouvelle Star. Je ne pensais pas me lancer dans la musique mais je me suis dit: « qu’est-ce que tu risques? » Cette aventure a changé ma vie. Je me suis mis à écrire mes propres chansons. Cela dure depuis 17 ans: la musique me nourrit, me soigne, me fait du bien.

1. Avez-vous l’esprit de compétition?

Plus jeune, oui. Je jouais au tennis, au football, pour gagner. J’ai même été repéré par un sélectionneur de Clairefontaine après un match où j’avais marqué 13 goals, mais ma mère n’a pas voulu me laisser partir. Ensuite, j’ai pratiqué l’aviron, au lycée horticole de Romans, l’esprit de compétition en équipe me plaisait. Pour la musique, tout jeune on veut tout péter, après…


3. Ce que la musique a révélé de vous, en vous ?

La plus belle des choses en moi: m’ancrer dans l’instant présent, me trouver à ma juste place, transmettre de bonnes vibrations - une chanson sert parfois à traverser des épreuves. Souvent les gens me disent que Siffler les a aidés à débloquer une situation.



9. Le plus grand malentendu sur vous?

A un moment, on a eu tendance à me réduire à une émission de télévision ou à une plastique. Pour Nouvelle Star, j’étais le fils d’agriculteurs, un diamant brut dans la grande ville. L’image a mis du temps à évoluer. J’ai aussi refusé les chansons que l’on me proposait et me suis fait virer de maisons de disques. Je me suis émancipé en quittant Paris pour Bruxelles. Et en m’installant ensuite dans la Drôme provençale. La chanson Renoncer parle de cela, du faux et du vrai, du renoncement aux choses qui paraissent superficielles. Christophe André m’a beaucoup aidé à renoncer, à faire confiance en la vie, à ne pas la passer à faire « les choses à faire ».

36. Qu’avez-vous acheté avec votre premier cachet?

J’ai meublé le petit appartement que j’avais loué, à 19 ans, dans le 6ème, et je me suis fait un peu plaisir en achetant un meuble en bois de cèdre sur lequel j'ai posé une télé, je ne la regarde plus aujourd'hui. J’ai prêté ce meuble plus tard à un ami, à Bruxelles, mais il a déménagé en le laissant.

12. Une chanson que chantait vos grands-parents?

L’un de mes grands-pères connaissait pas mal de chansons paillardes. Une de mes grand-mère chantait Etoile des neiges. Et Jean Ferrat, bien sûr, fierté ardéchoise.

8. Un livre, un film, un album qui vous a particulièrement bousculé?

Les livres de Jean Giono me bouleversent, sa philosophie m’a poussé en avant. Sur ma table de chevet, on trouve Le Serpent d'étoiles, Colline, Que ma joie demeure… J’entends dans son écriture terreuse, intemporelle et moderne, des accents qui viennent de chez moi et me rappellent mes grands-parents. J’ai l’impression d’être le dernier témoin de cette époque. J’aime le minéral, la chaleur sèche, plonger mes bras, mes jambes, mon corps dans l’eau, les chevaux sauvages. Giono m’a fait quitter Paris. Ma joie de vivre disparaissait.