Le jeu ardent d'Axel Auriant

Mis à jour : févr. 14



Un premier seul en scène, Une Vie sur mesure, dans le rôle d'un autiste, as de la batterie (2017). Un second, Les 1001 vies des urgences, actuellement à l'affiche du Théâtre des Béliers Parisiens, où il électrise les planches, jeune interne propulsé dans un service de soins palliatifs. Et entre ces deux pièces, Axel Auriant a investi la série plébiscitée Skam France (2018) - il tourne actuellement les saisons 5 et 6. Dans ces 1001 vies, il insuffle autant de petits bonheurs - une chanson à la guitare, un solo des batterie,, un moonwalk - dans les grands malheurs.

C'est dire si le comédien de 21 ans qui compte depuis plus de cinq ans un cévé rempli (télé, cinéma) vit sa vie de comédien comme on conduit une F1: vite, bien, avec de l'adrénaline et de la précision. Son jeu ardent est au service - c'est le cas de le dire - de personnages très physiques, travaillés par l'urgence. C'est sa vie, intense, hypersensible, branchée sur mille et une vies et cent mille volts. L'occasion de lui demander de déverrouiller son smartphone, lui dont le compte Instagram culmine à 372 000 abonnements.


Une appli qui vous sert pour travailler vos rôles ?

J’ai appris mon texte des 1001 et une vies des urgences page après page en m’enregistrant sur Dictaphone. Fonctionner ainsi me permet de contrôler ma mémoire et de me repasser la pièce quand je roule à vélo, durant un voyage, avant de m’endormir… J’ai aussi visionné pendant un mois des opérations chirurgicales sur YouTube, jusqu’à en avoir la nausée, pour savoir de quoi je parlais. Baptiste est un jeune interne de 23 ans confronté quotidiennement à la mort. Il découvre le monde comme je le découvre moi-même.


Des applis musiques ?

GuitarTuna, pour accorder ma guitare. Je reprends sur scène une chanson des Pixies. Garage band, afin d’enregistrer une idée de mélodie quand elle vient. Je suis en train d’aménager un petit studio avec une batterie, une guitare et un piano. Et Spotify qui a révolutionné mon approche de la musique - avant j’achetais les disques sur iTunes.


Quelles chansons sur votre playlist ?

La Superbe et Volver de Benjamin Biolay, un génie des textes et des orchestrations. Fanny Ardant et moi ou Je ne veux pas mourir ce soir, de Vincent Delerm, j’admire ses paroles à double sens. Just an illusion, Murder on a dance floor: ma prochaine pièce se déroulera dans les années disco, ce qui me permet de danser sur mon scooter. Une chanson paillarde, Les Gros nichons: en voiture, je monte le son dans les embouteillages ou devant les terrasses de café. Et aussi The Nationals. Charles Aznavour, Sia…


Trois applis favorites?

BilletReduc pour lire les commentaires. SeLoger pour trouver un apart. CityScoot pour circuler, car je me suis fait voler coup sur coup mes deux scooters, Léon et Baloo.



Un réseau social?

Instagram, un super outil de communication quand il est bien utilisé, mais je l’utilise de moins en moins, je trouve que cela déconnecte de la réalité, et la biaise. Sur Instagram, le bonheur devient ostentatoire. Quand on pense que des chaînes de télé peuvent choisir des comédiens selon leur nombre d’abonnés…


Les SMS que vous n’avez pas effacés ?

J’en ai 642 en attente de lecture… J’ai gardé tous les SMS de mon agent, Jean-Baptiste L’Herron, et ceux de David Hourrègue, metteur en scène de Skam et témoin de tous mes doutes. Ce sont des messages profonds. On a vécu ensemble l’aventure Skam. Depuis mes 19 ans, j’évolue avec Lucas {le héros gay de Skam France}, j’ai beaucoup appris de lui. La sexualité appartient à chacun. J’ai appris aussi d’Adrien, le jeune autiste d’Une vie sur mesure. Les textes me font grandir.




Dans Les 1001 vies des urgences (C) Svend Andersen

Qu’est-ce qui vous pousse à monter sur scène?

Ce qui me fascine, en général, c’est l’introspection. D’où viennent les failles? Comment expliquer un comportement? De quelle façon ce métier laisse-t-il des traces dans ma chair. Si je ne mettais pas tous mes doutes, toutes mes interrogations, tout l’humain dans mon approche d’un personnage, je ne pourrais pas faire ce métier. Et puis, on ne peut pas être seul en scène pour les mauvaises raisons


Une citation glanée ici et là?

« Pardonner, c’est libérer un prisonnier, et découvrir que le prisonnier, c’était vous »   (Oscar Wilde) . Et « le théâtre, c’est se faire plaisir à chaque représentation, on n’a rien à prouver, tout à éprouver (Stéphane Battle, metteur en scène d’Une vie sur mesure).





Les 1001 vies des urgences, de Baptiste Beaulieu, adaptation: Flavie Péan , mis en scène par Arthur Jugnot. Théâtre Splendid (Paris). Jusqu'au 26 avril.



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