Laura Cahen, fille du temps

Mis à jour : juin 22



Des amours qui s'abîment. Des filles du vent mauvais. La complainte d'un soleil noir. Laura Cahen fait souffler un nuage de sensualité, une brume légère, l'écume de vagues sensuelles dans ce deuxième cédé intitulé La Fille, produit par Dan Lévy où figure un duo apaisé avec Yael Naïm, Les Coquelicots. La fille de l'est (Nancy) à la voix claire et lumineuse, "aussi profonde et habitée, venue de loin, que son vertigineux regard nocturne", selon les mots d'Eric Reinhardt, creuse dans cet album intime et précieux son propre chant. Elle est la fille du disque, mais "la fille" c'est aussi celle qu'elle aime et que l'on aperçoit sur la pochette. "Et la fille que je reste pour mes parents". L'occasion de soumettre Laura Cahen à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.



25. Un chanteur disparu que vous auriez aimé rencontrer, voir en concert... ?

Billie Holiday: depuis que je l'ai découverte, elle ne m’a jamais quittée. Nina Simone me bouleverse de plus en plus. Lhassa, qui me bouleverse.

19. Une chansons, un disque qui a bousculé votre vie?

Vers l’adolescence, j’ai eu un peu une révélation au moment où je voulais construire ma vie autour de la musique. J’écoutais en boucle Let it die de Feist, fascinée par le son, la puissance et la douceur de sa voix, par le mélange entre acoustique et électro.


1. Qu’est-ce qui vous inspire?

Ma vie. L'amour. La Fille est un disque d'amour. Le cinéma en raconte beaucoup et je suis une vraie cinéphile, je ressens très fort les émotions des personnages et les garde longtemps en moi. Le disque est traversé par La Jetée, de Chris Maker, vu lors d’un ciné-concert de Chapelier Fou, le thème de la temporalité, du temps différent, du temp qui passe, me fascine. On croise aussi The Voices, de Marjane Satrapi, et La Leçon de piano, qui a été un grand événement dans ma vie, je cite ce film de Jane Campion et aussi Les Heures sombres, de Joe Wright dans la chanson Poussière.

9. Une ville, un pays inspirant?

Saint-Pierre-et-Miquelon reste dans mes pensées. J’y ai donné des concerts, j’ai tourné un clip là-bas… J’aime cette île sauvage et assez intemporelle, il y règne à la fois une liberté totale et un sentiment d’enfermement, cela me fait penser à un tableau de Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages.

36. Quelles artistes femmes dans votre panthéon?

Frida Kahlo est comme un fantôme qui m’accompagne. Jane Campion: La Leçon de piano et cette femme muette qui communique par la musique m’a saisie d’émotion, récemment Camille Laurens. Dans Fille, elle évoque son parcours personnel et la relation à sa fille qui aime les filles. Les dernières phrases sont: « tu as raison, ma chérie, c’est merveilleux ma fille, une fille. » Le thème, le titre, raisonnaient avec mon disque.


17. Des posters dans votre chambre d’adolescente?

Ceux de Shakira, Pink et Alicia Keys. En tirant le fil, je suis arrivée à Billie Holliday.


2. La musique, hasard ou vocation?

On ne peux pas dire hasard, je crois. Mes deux grands frères - mes aînés de 18 et 10 ans - sont musiciens, et j’ai toujours voulu faire comme eux. Tout au long de mon parcours scolaire, j’ai suivi des cours de piano, de chant, de violon, quoique mon prof, tourmenté par des histoires d’amour, me posait régulièrement des lapins. Après le bac, j’ai intégré la Music Academy International de Nancy. Je chantais tous les jours.

15. Votre premier quart-d’heure de gloire?

En classe de 1ère, j’ai formé avec une surveillante, Lorette, le duo 2L. On a participé au festival des musiques lycéennes dans les arènes de Metz, devant 25 000 personnes. C’était grandiose mais stressant.


28. Une ou plusieurs dates artistiques importantes?

La rencontre en 2010 avec mon éditrice Catherine Cuny, de Warner Publishing, elle m’a aidée à m’entourer. La sortie de mon premier EP; la tournée du Fair dont j’ai été lauréate; Le chantier des Francos…

6. Avez-vous des rituels avant un concert? Des grigris?

Non, chaque fois est différente. Au moment de la tournée Nord, me maquiller les yeux en bandeau demandait une concentration extrême durant vingt minutes. Pour ces concerts, j’aime bien privilégier un moment avec les musiciennes, nous sommes trois sur scène.

22. Qu’avez-vous acheté avec votre premier cachet?

Sûrement une pizza.


30. Une chanson qui vous rappelle l’enfance?

Pour m'endormir, mes parents alternaient, un soir une histoire, l’autre, une chanson. Mon père c’était plutôt Les Beatles, ma mère, Anne Sylvestre. Cela a constitué mes influences.


La Fille (Pias). A La Maroquinerie (Paris), le 23 novembre. Et en tournée.