Hubert Lenoir dégenre la pop

Mis à jour : mars 28



Un baiser sur la bouche au  glam rock, très rouge, très hot. Un autre à l'Indochine des eighties et aux classiques (Ferland, Dubois). Le chanteur Québécois Hubert Lenoir a du cran, il bouscule d'une poignée de main provocante la chanson et ses codes. Darlène, premier album solo de cet ancien du groupe The Seasons, formé avec son frère Julien Chiasson, est un disque concept aux textes pleins de malice et de féminisme, brouillé d'ambiances punk et jazz, récompensé par 4 Félix (l'équivalent des Victoires de la Musique).

Le fier Hubert, androgyne,  sensuel et aérien a pris ce Darlène à la lettre, car le disque se double d'un roman du même titre signé par son amie Noémie D. Leclerc, originaire comme lui de Beauport (Québec). Ces deux Xavier Dolan de la pop (24 et 22 ans) auscultent la jeunesse de la classe moyenne québécoise, ses rêves, ses rimes. Pas mauvais genre at all.


(c) John Londono

Qui est Darlène ?

J’ai commencé à y penser au début de la vingtaine, j’étais rempli de doutes et d’interrogations, un peu blasé de la vie. Et pourtant, tout semblait possible. Au même moment, Noémie planchait sur son roman, et nous nous sommes rendus compte que nous écrivions la même histoire avec un point de vue différent. L’héroïne, Darlène, a vingt ans environ, elle étudie à l’université et, à la fin d’un été, elle rencontre un touriste américain venu se suicider à Québec où je suis né. Darlène raconte leur rencontre en mots, en musique.


Le disque résonne de références cinématographiques ?

Les blockbusters de la fin des années 1990, du début des années 2000 m’ont beaucoup nourri, et aussi les films avec Natalie Portman, des comédies. J’écoutais en écrivant, imprégné par l’ambiance, l’esthétisme, la bande originale. Cela inspirait aussi Noémie. Le disque et le livre sont parus le même jour avec la même couverture. On associe souvent un album à un concert, moi, j’ai conçu Darlène comme un cinéaste, c’est un opéra post-moderne qui vit de lui-même, en toute humilité. A l’heure de Spotify, du règne du streaming, j’aime l’idée de proposer une oeuvre entière, je ne réfléchis pas en terme de singles, en plan de carrière.




Comment êtes-vous devenu chanteur?

Pendant longtemps je n’avais pas tant de passion, je regardais la télé, je jouais aux jeux vidéo, je surfais sur internet, je me passais du hip hop, du métal. Grâce à des amis, dont les parents écoutaient Brian Eno, Elton John, la musique psychédélique des années 1960, j’ai eu une révélation, et j’ai découvert alors ces vieilles musiques par des moyens modernes, sur mon ordinateur, au fin fond du milieu rural au Québec. On a formé le groupe The Seasons avec mon frère et j’ai quitté l’école. A l’époque, je travaillais dans une usine de fenêtres, peut-être celles que l’on retrouve à La Défense, à Paris. Puis dans un café.


Le goût du maquillage était déjà présent?

J’ai été attiré très très jeune par le féminin, les poupées, les vêtements, le mascara, mais je viens aussi d’un milieu conservateur, et à la fin du secondaire, je pouvais me faire taper dessus pour mon look. La musique m’a donné le courage, adolescent, de m’habiller et de paraître comme je le voulais. Je pense vraiment que l’on peut être ce que l’on veut. Aujourd’hui, j’aime me présenter sur scène comme dans la vie, je ne vis pas dans le regard des autres. Et puis, je ne me maquille pas tous les jours, je suis trop paresseux.


Vous bousculez les genres?

Je ne crois pas au genre binaire. Indochine, Cure ont eu le même discours. C’est une autre façon d’amener le propos sur l’identité, un peu comme le féminisme actuel, et tout aussi important.




Le dernier des quatre Félix que vous avez reçus à la cérémonie de l'Adisq a déclenché un scandale. C'était prémédité?

Non, je ne savais plus quoi dire et, en allant vers la scène, cela m’est venu de me l’enfoncer dans la gorge. Les gens l’ont pris comme un geste obscène, ça n’en était pas un. C’était la plus belle preuve d’amour qui soit. Ceci dit, les prix ou les diplômes ne devraient pas influencer sa vie, cela me fait un peu rien et à la fois cela me procure une dose de bonheur incroyable.




D’où vient votre nom d’artiste, Lenoir?

En zappant à la télé, je suis tombée sur Noémie Lenoir, elle était ravissante, j’ai emprunté son nom.


Darlène. CD par Hubert Lenoir: Simone Records. Livre par Noémie D. Leclerc : Québec Amérique.

En concert: Le 06/02 - Paris, La Boule Noire. Le 17/04 - Paris, La Maroquinerie. Et en tournée.

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