Folk: destination Beyries

Mis à jour : mars 28


La voix forte d’Amélie Beyries vibre et fait retentir les grands huit de sa vie. La chanteuse Montréalaise a déjà tourné plusieurs pages professionnelles et surmonté un cancer du sein et sa récidive avant de plonger dans la musique. La sienne est vive et profonde, de la pop-folk avec des reliefs d’Elton John ou de Tori Amos. Landing, le premier album de Beyries s’est classé numéro 1 au Québec. Elle a assuré 135 concerts, des show-cases à New York, Los Angeles, Toronto, et ses morceaux sont au générique d’une dizaine de séries télés. Rencontre avec une femme remarquable qui a fait sensation au dernier festival Aurores Montréal, à Paris.


(c) Shayne Laverdière

Comment s’improvise-t-on chanteuse au tournant de la trentaine?

J’entretiens depuis toujours une relation amoureuse avec la musique. Enfant, je regardais ma mère des heures jouer Beethoven. Quand j’ai commencé à me mettre au piano, cela m'a semblé très naturel et très géométrique. A l’adolescence, je me suis lancée dans la guitare, pratique à transporter, et puis j’ai un peu lâché. J’ai travaillé dans la restauration, été Relations publiques en biotechnologie, puis gestionnaire d’une entreprise de visuels cinématographiques. Lorsque mon traitement de chimiothérapie s’est achevé, j’ai réalisé mon rêve: acheter une maison de campagne, et j’y ai installé le piano à queue de ma grand-mère sur lequel ma mère jouait, c’est là que j’ai écrit Soldier.





Beaucoup ont cru que ce premier succès évoquait votre bataille contre le cancer?

Tant mieux si cela a résonné ainsi, pourtant Soldier pointe l'impossibilité à s'extirper de ses mauvaises habitudes et des relations toxiques. Nous traversons tous des cycles, des paliers et comme dans les jeux vidéo, j’avais l’impression de ne jamais arriver à passer au suivant, à terrasser les monstres. Cette fois, j’étais décidée à briser le cycle. Un magazine féminin créait une appli et Soldier a été choisi pour l’illustration sonore. C'est sorti en octobre, mois consacré au cancer du sein. Tous les droits ont été reversés à la Fondation contre le cancer. Après Soldier, j’ai vendu ma maison car la maladie coûte très cher et j’ai composé les autres chansons à la guitare.




D’où vous vient ce courage?

Ma mère me répétait: « sois forte. » Mais la vraie force est de savoir être vulnérable quand il le faut. Je ne suis pas un exemple de courage, je me suis aussi écroulée comme tant d’autres, j’ai versé dans la philosophie bouddhiste comme beaucoup de personnes malades, c’est inévitable pour son salut et cela m’a aidée à négocier avec le second diagnostic, un an et demi après. J’ai exploré la question de la vie après la mort, de la souffrance psychologique, morale, physique, du fait d’être démunie financièrement et je le dis légèrement dans mes chansons, notamment avec Along the way.


Quand l’avez-vous écrite?

J’avais loué pour deux jours une cabane dans un parc national afin de réfléchir sur ma vie. J’ai écrit ma vision des choses avant ces bouleversements, quand je ne me posais pas autant de questions et j’ai choisi de mettre en scène une ouvrière pour montrer le côté désincarné de son emploi.


De qui parlez-vous dans Son ?

En octobre 2014, un homme est entré au Parlement d’Ottawa et a tiré à plusieurs reprises. Sa mère fonctionnaire fédérale travaillait à la commission de l’immigration. Elle a écrit une lettre où elle prenait ses distances avec lui. Les mères, en général, défendent toujours leur enfant. Son décrit une mère qui prévient son fils: ’’ tu vas trop loin, je vais te lâcher.’’ Moi, j’ai eu une enfance bizarre, mon père est parti quand j’étais jeune, ma mère est devenue alcoolique, j’ai dû très vite me débrouiller jeune, me tenir loin d’ellle. DIx ans après sa disparition, j’ai lui ai dédié Maman et l’ai postée sur Facebook le jour de la fête des mères, elle a été vue 1 million de fois.




Vous avez collaboré avec Jean-Marc Vallée, le réalisateur de Dallas Buyers Club et de Demolition ?

C’est un homme très inspirant, quelqu’un d’exigeant envers lui et envers les autres, de généreux avec ses collaborateurs. Jean-Marc est un leader porté par l’idée du partage. J’ai été chanceuse dans mes vies précédentes, j’ai connu les gros salaires, le glamour, les soirées de film américain. Aujourd'hui, je suis au service de mes chansons, pas de mon ego.


Landing. Bonsoung

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