Deborah Grall: le glam et la gouaille


(C) James Weston

Comédienne discrète mais ardente, Deborah Grall aligne un cévé riche en métamorphoses vécues au gré de films modernes ou d'époque, hier Les Fautes d'orthographe, Gainsbourg, vie héroïque, La Princesse de Montpensier... Aujourd'hui, vêtue du costume années folles de Kiki de Montparnasse dans La Garçonne, sur France 2. Des défis que Deborah Grall se lance et raconte, vive et spontanée, pleine d'auto-dérision et d'humilité. Pourtant, elle joue coup double ces jours-ci puisque que Deborah brûle aussi les planches avec Mademoiselle Julie, au côté de Sarah Biasini. Une pièce incontournable, un rôle fort, une belle histoire... la fille de Romy Schneider et la petite-fille de Philippe Noiret réunies 45 ans après Le Vieux fusil. L'occasion de la soumettre à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.


1. Un personnage réel que vous rêvez d’incarner?

C’est fait. J’ai vraiment insisté pour jouer Kiki de Montparnasse, c’est un personnage fou, dont l’imaginaire retient la coupe de cheveux et la gouaille. La série montre une facette d’elle intéressante à exploiter. Pour devenir Kiki, j’ai lu les témoignages d’artistes qui l’avaient fréquentée, photographiée, peinte comme Man Ray, Foujita, Picasso. Et aussi des livres, la bande dessinée de Catel et José-Louis Bocquet, écouté ses chansons. Je savais que je pouvais lui donner mon apparence, mon phrasé. Des femmes comme elle ou comme les filles de la série Maison Close dans laquelle je jouais, ou encore Elisabeth Lévitzky , peintre, muse et première épouse de Gainsbourg, que j'interprétais dans Gainsbourg (vie héroïque) sont des figures libératrices: elles transgressaient les codes de leur époque.

© Christophe BRACHET - Mother Production - FTV

32. Comédienne, hasard ou vocation?

J’ai passé beaucoup de temps sur les plateaux de cinéma, avec mes grand-parents (Philippe Noiret et Monique Chaumette) et mes parents, ma mère première assistante (Frédérique Noiret), mon père réalisateur (Sébastien Grall). J’ai donc toujours baigné dans ce milieu, j’aurais pu le rejeter mais je trouvais le métier de comédien agréable, festif, et j’ai aimé, dès mes premiers cours de théâtre, l’esprit de troupe, le collectif, l’humain. Comédienne était donc évident. Etre un enfant de la balle, cela ouvre des portes, en tout cas au début. Mais mon parcours n’a pas été simple pour autant. J’ai enchaîné les petits boulots en passant les mêmes étapes que tout débutant.

(C) James Weston

5. Avez-vous rectifié votre page Wikipédia?

Oui, je l’ai découverte assez tard, et l'on me disait franco-allemande, ce que je ne suis pas. Par contre, je n’ai pas réussi à enlever la photo qui ne me met pas du tout en valeur.


16. La palme du style à qui?

A Vincent Lindon, le seul acteur pour qui je vais voir un film sur le nom. J’aime son jeu, ses choix, ses engagements.


21. Des posters dans votre chambre d’adolescente?

Oh, ceux de Mark Owen, de Take That. La honte! Ce n’était même pas Robbie Williams. Ensuite, je les ai remplacés par des posters de Leonardo Di Caprio dans Roméo + Juliette.


22. Qu’avez-vous acheté avec votre premier cachet?

C’était une père de chaussures à talons. Je jouais une baby-sitter dans un téléfim, je disais trois répliques, j’avais 17 ans et l’impression de devenir une femme.

7. Un artiste disparu que vous auriez aimé voir sur scène?

J’aurais aimé voir des pièces du TNP, il existe très peu d’enregistrements filmés, seulement audios. Quand mes grands-parents en parlaient, c’était toujours avec très peu de mots, mais je sentais leur émotion dans leurs voix et leurs corps. Je regrette aussi de ne pas avoir eu mon grand-père pour partenaire. Mais j’ai eu la chance de dire Les Monologues du vagin, assise à côté de ma grand-mère.


© Christophe BRACHET - Mother Production - FTV

28. Un souvenir de cinéma avec votre grand-père?

Il avait installé une salle de cinéma dans la maison de campagne. J’ai été élevé aux comédies musicales américaines, mais je me rappelle qu’il aimait bien regarder avec moi Suzie et les Baker Boys. On l’a vu plusieurs fois ensemble, c’est un film que j’associe vraiment à lui.

33. La citation qui vous accompagne?

« Les erreurs ne se regrettent pas, elles s’assument. La peur ne se fuit pas, elles se surmonte. L’amour ne se crie pas, il se prouve. » Simone Veil.


9. Un rendez-vous que vous attendez particulièrement?

Monter sur les planches pour interpréter Christine, dans Mademoiselle Julie. Les représentations ont été annulées à cause du confinement, et j'éprouve à la fois un trac fou et une grande émotion. Christine, c'est la cuisinière de la maison, la compagne de Jean. C'est l'anti-Kiki. Elle n'est pas commode, austère, pieuse et dure. L'inverse de moi.


La Garçonne, de Dominique Lancelot. (France 2). Avec Laura Smet et Grégory Fitoussi.

Mademoiselle Julie, de August Strindberg, mise en scène de Christophe Lidon. Du 15 au 26 septembre, Cado, Orléans (45). www.cado-orleans.fr

© 2018/2020 by Gilles Medioni