Dans le smartphone de Peter Peter


(C) Cassandra Jetten

Taillée pour les nuits froides, la pop introspective de Peter Peter coule depuis 4 albums, avec ses blancs et ses brumes, et son chant évanescent. Le dernier, Super Comédie s'arrime à l'heure bleue avec des ballades éthérées à l'écart des courants et des rivières de mots à la mélancolie contagieuse. Le Canadien trentenaire installé à Paris questionne d'une voix douce, parfois chuchotée, le chaos du monde dans des textes poétiques d'une lucidité aveuglante souvent prémonitoires (Répétition) en tout cas nostalgiques d'un monde pré-internet. Pour réaliser le disque, Peter Peter (pour Peter Roy) s'est entouré de Pierrick Devin (Lomepal), Aurélien Fradagrada (Head on Television) et Emmanuel Éthier. "Super Comédie, parce que je me sens spectateur d’une Histoire à laquelle j’appartiens. C’est le grand récit de la vie." L'occasion de lui demander de déverrouiller son smartphone.


Est-ce que votre téléphone vous est utile dans votre création?

Oui, quand j'ai la flemme d'ouvrir mon ordinateur, j’enregistre des mélodies en yaourt avec le dictaphone ou la vidéo. Du coup, j’ai des dizaines de maquettes dans mon téléphone. Certaines deviennent des chansons. J’ai aussi des samples pris dans le métro. Ou dans un club de Tbillissi, en Georgie, et inclus dans le titre Super Comédie. J’aurais aimé saisir la voix de mon psy, pour la poser dans Conversation, une chanson née juste après la séance. Elle pratiquait dans son domicile, j’avais l’impression d’être invité chez elle.


Quoi sur votre appli Notes?

Par exemple, lors d’un dîner de mariage à Cuba, les mariés se sont levés de table. Quelqu’un a dit: « les mariés ont disparu ». C’était presque un titre d’album. C’est devenu une chanson au texte évocateur sur l’amour qui s’étiole, la mort d’une institution. L'idée de Damnatio memoriae est venue à Rome. J'ai noté ce nom qui évoquait dans la Rome antique les personnages politiques dont le nom et le visage étaient effacés des monuments, les statues renversées, ils étaient condamnés à l'oubli, rayés du domaine public. J'y ai vu une analogie avec le monde actuel.





Des Podcasts à recommander?

Répliques, sur France Culture, d’Alain Finkielkraut. Pour le débat intéressant , intellectuel et éloquent, sur des enjeux de société. Et aussi Remède à la mélancolie, d’Eva Bester, sur France-Inter. Je pense avoir une propension à la mélancolie, à être sombre, non pas abattu, mais en état d’apesanteur. La mélancolie est une belle zone de tristesse.


3 comptes Instagram à recommander?

@Cassandrajetten. Une artiste photographe. L’auteure de la pochette du disque. On a fait la photo en argentique dans un bistrot du 18ème. @Simon.Hanselmann, un bédéiste australien qui suit l’actualité en temps réel. Je l’ai découvert à la Galerie Martel, dans le Xème, lors d’un vernissage. Je consomme beaucoup de bédés. @blanfork.ms, qui représente le courant de musique ambient. Ses posts sont très graphiques, très esthétiques.

Votre dernière recherche Google?

Comment réduire le taux de cortisol… Je suis un peu hypocondriaque.


Un achat récent sur internet?

Une guitare Fender Mustang Dakota Red de 1966 sur eBay. Et j’ai acheté la même en bleu pour jouer au Canada.

Vos 3 applis préférées?

Je consulte souvent Reverb.com, pour chiner des instruments d’occasion, même si je n’ai besoin de rien, c’est très obsessionnel. Instagram. Je l’ouvre parfois par pur réflexe, pour pallier au réel. J'ai aimé les premières années d'internet, Facebook, etc, mais cela a pris un côté insidieux. La chanson Commun maintenant renvoie aux réseaux sociaux, où l'on autorise quelqu’un à s’immiscer dans notre intimité. Arte, le soir pour m’endormir. Le morceau Nature obscène a sans doute été inspiré par des émissions sur l’état du monde. Elle a un côté houllebecquien. J'y parle de déterminisme social, d’un monde de libéralisme et de compétition

Quoi sur votre playlist?

Ought: Room inside the word. Dès que je l’ai vu en live, j’ai kiffé. Cela m’a donné envie de retourner à plus de guitares, à retrouver de l’air, à jammer avec les gens. Have we met, de Detroyer, le groupe de Dan Bejar. C’est un Canadien pas très connu que je suis depuis 2010, un grand poète de Vancouver qui n’a jamais suivi les lois du marché. Chants, de Jogging House, de l’ambient qui me calme.

Super Comédie. (Audiogram).

www.peterpeter.ca


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