Dans le smartphone de Lukas Ionesco et Clara Benador


(C) David Maurel


Les cinéphiles ont découvert Lukas Ionesco dans The Smell of us (Larry Clark) puis Une Jeunesse dorée (Eva Ionesco). L'univers de la mode et de la photographie brille en Clara Benador. Ils forment le duo Lukas Ionesco, "c'est le nom, le logo, car le disque est né de nous deux", précise ce dernier. Car Lukas et Clara publient donc un album à quatre mains et deux voix, Magic Stone, qui leur ressemble tout à fait, puisqu'ils signent enregistrement, production, images, clips... C'est à la fois un voyage bucolique comme du folk profond et un alcool fort sombre comme du grunge en liberté avec ses images dédoublées, ses chansons en français et en anglais, ses harmonies vocales. L'occasion de demander au jeune duo connecté (23 et 22 ans) de déverrouiller son smartphone.

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En quoi votre téléphone vous sert-il dans votre création, votre inspiration ?

Lukas.Ionesco: Dès que j’ai l'idée d'une mélodie, je l’enregistre immédiatement, j’essaie ensuite d'utiliser toutes ces pistes, ainsi un super refrain peut se transformer en un super couplet. A la campagne où l’album a été composé, on était seuls au monde, entourés par la forêt, levés à six heures du matin, chacun concentré sur son travail. L’intro du disque résume ce mood, on entend le bruit du feu de cheminée entre les livres et les meubles. La chansonTalk to trees est une conversation avec les arbres, et aussi avec les anciens amis. Par contre, Japanase cow-boy est né au Japon, où j’ai passé trois mois tout seul, cela a été une recherche de vie, la découverte d’un pays. Jim Jarmusch m'inspire aussi beaucoup en général: j’ai l’impression d’évoluer dans le scénario de ses films.


Magic Stone a été composé après l'aventure The Smell of us?

L.I. L’expérience a été extrême, le tournage a laissé beaucoup de blessures, j’en suis sorti déséquilibré et très mal, et suis allé vivre un an et demi à Nantes car je ne pouvais plus voir Paris. Tous mes potes, tous mes spots étaient sur le film, je ne pouvais plus aller nulle part. Ces blessures m'ont construit même si cela m’a rendu un peu parano, j'éprouve maintenant une certaine méfiance envers autrui.


Clara Benador: Je prends énormément de photos, parfois volées, souvent abstraites, elles m’inspirent des mises en scène et des poèmes. Je travaille en ce moment sur une série de portraits en vue d’une exposition, c'est une recherche sur les genres, je travestis les gens en puisant dans une malle de vêtements, pour qu’ils dévoilent une autre partie d’eux-mêmes. Lukas est ma muse. Pour la cover du disque, je l'ai photographié avec mon Nikon D 5000 et un objectif kaléidoscopique


L.I: C'était la première fois que Clara me prenait en photo, j’avais peur que cela casse quelque chose entre nous et des larmes d’appréhension me sont montées aux yeux. Clara les a restituées sur cette photo un peu floue, cassée, rouillée, bancale, qui ressemble complètement aux morceaux.



Qui, quoi sur votre playlist ?

L.I: Sing In A World That's Falling Apart des Black Lips, je les ai toujours adorés, je connais un peu le chanteur Cole. J'écoute Spotify tout le temps, je like, les morceaux passent en mode aléatoire, je les écoute en marchant, je ne circule quasiment qu'à pieds.

C.B: Frantz Litz, La Campanella. Les interprètes classiques mes fascinent. Hong Kong Garden, de Siouxsie and The Banchies. Smells like teen spirits de Nirvana, repris par Patti Smith. En shoooting, je passe les playlists de nos DJ set, du rock, du post-punk ou de la new wave. Ou je mets TSF Jazz.



Un achat marquant sur internet?

L.I: J’ai trouvé des instruments d’occasion sur Le Bon coin, un studio faisait faillite, j'ai racheté un xylophone, une basse acoustique, un mini-accordéon des années 60, une caisse claire, etc. Certains instrument étaient cassés, un peu à notre image. Je nous vois, Clara et moi, comme des mécanismes un peu brisés.


Des applis incontournables?

L.I: Les mails pour le travail. Garageband pour les démos. Spotify.

C.B: Le dictaphone. Instagram, pour les photos, mais sans retouche digitale. Apple Music. Et Deliveroo, car on ne cuisine pas.



Le hashtag qui vous ressemble?

L.I: #magicstone La pierre magique, c'est ce disque-talisman en forme de 10 chansons.

C.B: Et #idiotfish, notre nouveau morceau et le filtre photo spécial Instagram avec plein de petits poissons.



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L.I: La durée maximale d’une face de vinyles.

C.B: La comparaison de tailles de fichiers numériques.




Magic Stone. https://echoorange.bigcartel.com/

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