Dans le smartphone de Joseph D'Anvers


Un roman musical avec des ballades mélancoliques sur lesquelles dansent des soldats et des fous. Ou un film littéraire aux airs godardiens, à la pop tourbillonnante et aux ruptures pleines de désolation. Ou encore un road-trip électro, émotionnel, existentiel, ascensionnel, qui traverserait les Etats-Unis, de la Floride à la Californie, et même les fantômes d'un Hôtel Européen. C'est Doppelgänger, le cinquième album déjà de Joseph D'Anvers, une révélation pour ceux qui connaissent mal ce chanteur écrivain de chansons (pour Bashung, Dick Rivers...) et de polars, passé par la Fémis. Doppelgänger (double maléfique), le nom de cet album et du label créé par Joseph D'Anvers, est emprunté à la mythologie scandinave. C'est un disque incandescent qui étreint les ciels d'orages et les terres en feu. L'occasion idéale de lui demander de déverrouiller son smartphone.


Quelles applis vous servent dans vos créations?

Les mémos vocaux, je peux en avoir une trentaine à propos de la même chanson, cela montre vraiment l’évolution d’un morceau et permet parfois de revenir à l’idée originelle. J’utilise aussi Notes pour des notes que je ne regarderai jamais, par flemme, car rien n’est répertorié, je ne suis pas du tout archiviste. Et aussi pour partir d'inspirations nouvelles. A côté, j’ai aussi beaucoup de carnets où j’inscris des citations. L’appli DM1 offre la possibilité de sons infinis, pratique pour cet album que je voulais électro.


Une appli téléchargée récemment?

Retrica car les réglages sont simples, les filtres faciles à gérer et le grain de colométrie très cool. J’ai une formation images - Arts appliqués; Fémis - je prends beaucoup de photos mais pas celles de mes pochettes. Pour celle de Doppelgänger, j’avais en tête une atmosphère nocturne, des néons roses, un côté Miami. J’avais comme références les films de Jim Jarmush, de Wong Kar Waï, de Nicolas Winding Refn et les lumières saturées de ma première tournée.



Un film, un livre, une expo qui vous a inspiré des chansons?

Lorsque j’écris, je me coupe un peu du cinoche et de tout médium artistique en général, et je me tourne vers les autres, virtuellement, sur les réseaux sociaux. Ce qui m’a nourri, c’est moi-même via l’écriture de mon roman, Juste une balle perdue (Rivages) et de mon roman graphique, Les jours incandescents (avec Stéphane Perger, Kennes édition), qui ont affiné ma plume et le choix de mes mots. Je suis repassé au format chanson avec une autre exigence. Les détours vers le théâtre via Jelly Fish, une pièce de Loo Hui Phang (pour La Comédie de Caen) - Loo m’envoyait des textes, je lui renvoyais des sons - a aussi changé ma manière de faire et m’a emmené vers un album proche d’une playlist qui colle à l’époque, avec de l’électro, du piano-voix, un côté L.A.

Quels rapport entretenez-vous avec les réseaux sociaux?

J’ai un peu fait le tour de Facebook. Twitter reste bien pour s’informer. Instagram me plaît davantage car axé sur le visuel. C'est aussi un cercle vertueux. Le compte d’un artiste m'entraîne vers celui d’un artiste similaire, je déambule d’un compte à l’autre. Je suis arrivé ainsi sur celui de Kourtney Roy - qui signe la pochette de Doppelgänger et le clip Estérel - à partir de l'Instagram de Gil Rigoulet. J’avais visité le site de ce dernier et peu après, je suis tombé complètement par hasard sur une de ses expos à la librairie Artazart. Quand on a cherché une photo pour la couverture de mon livre, j’ai pensé à celle où Mathilde, son modèle fétiche, pose à la piscine Molitor. Et il a été d’accord.



3 comptes Instagram à recommander?

Kourtney Roy: elle fige des moments à la fois très posés et complètement décalés, comme David Lynch. Son influence est ancrée dans les années 50 tout en restant ultra-moderne. Olivier Coipel, on a pratiqué la boxe ensemble quand j’étais à la Fémis et lui aux Gobelins, en animation. C’est le premier Français à avoir une franchise Marvel. Il poste de supers IGTV où on le voit encrer, construire un dessin, on saisit sa précision extrême. Et Richard Lange, dont j’ai mis un roman en musique et avec qui j’ai noué une amitié. C’est un pur écrivain américain, il a été pompiste, professeur, vécu mille vies. Il fait des trips dans Los Angeles et montre l’envers de la ville.

Qui sur votre playlist?

Au Paradis, de Thousand (Stéphane Milochevitch), un disque très lettré, très Bashunguien.

The New Abnormal des Strokes, en vynile. Je suis très fan depuis leur premier disque. Ils mettent les limites à mal. Et Jimi Hendrix, je l'ai ré-écouté après avoir visionné un documentaire sur lui. Jusque là, je ne m’étais pas vraiment intéressé à sa vie et j’ai vu l’animal sous un angle différent.


Le dernier disque acheté?

La bande originale de Twin Peaks Saison 3, un vynile en édition limitée déniché au Disquaire Day. Elle regroupe tous les groupes programmés au Bang Bang Bar dont les Chromatics. J’ai passé en boucle leur Shadow pendant l’écriture de mon roman.

Vos applis incontournables

Eight bowl pool, un jeu où l’on gagne des jetons, cela détend bien dans le tour-bus. Spotify qui m’a permis de découvrir Lalaland de Zed Yun Pavarotti et Deep End de Fousheé. Et une appli éphémère, celle du Vendée Globe. J’aurais rêvé être un marin, mais je ne tiens pas longtemps sur un bateau et l’eau m’impressionne. Les voir batailler sur un voilier me donne du courage par-rapport au quotidien.

Votre dernière recherche Google?

J’ai cherché des analyses de Seuls les bêtes, le film de Dominik Moll, dans lequel il s’interroge sur ce qu’est un être humain, qu’est-ce que vivre, et vivre en couple, sur le temps qui passe, le fait d'être né quelque part…


Doppelganger/Believe Music