Chien noir de la race des grands



Les Enfants sauvages a mis sur orbite pop Chien noir alias Jean Grillet, formé au rock bordelais et au Conservatoire (composition électro-acoustique et écriture contemporaine). Fan de super-héros et du naturalisme de Jack London, l'artiste racé a d'abord évolué dans le groupe A call at Nausicaa avant de se lancer en solo. Sur son premier EP réalisé avec Mark Daumail (Cocoon) attendu cet été, on entendra aussi Hollysiz pour un duo de voix d'ombres (La nuit le vent). L'occasion de le soumettre à l'interview Roulette Ruse. Une appli, des numéros tirés en aléatoire, chacun correspondant à une question.


1. Quelle histoire derrière votre nom de scène?

Chien noir vient de l’île au trésor de Stevenson. C’est aussi une référence aux livres de Jack London: je suis très fan de la littérature de garçons où les hommes se confrontent à une nature souvent implacable. J’ai fait un lien entre London et l’instinct de survie, à un moment où j’avais l’impression de toucher le fond. J’ai alors rencontré Chien noir, et j’ai mis absolument tout de moi dans ce personnage qui prend les choses en main et me permet d’aller au bout de mes émotions.


15. D'où vient votre inspiration?

Qu’est-ce que tu fais dans le noir ou Somnambule, racontent mon somnambulisme, je me lève la nuit, je trace dehors, je fais des trucs improbables. Petit, je me réveillais soudain dans le noir sans aucun repère, saisi par la panique. Aujourd’hui, je n’ai plus peur du noir. Quand tu es somnambule, tu vois le monde tel que tu es en train de le rêver, c'est une chance. Sur ce sujet, j’ai aussi beaucoup lu la beat generation, Les portes de la perception d'Aldous Huxley. Les Enfants sauvages est né du fait que je répétais toujours les mêmes erreurs, sentimentalement. J'avais l'impression de me cramer, cela faisait comme un effet de friction sur la peau. Je me suis rendu compte que l’on était beaucoup à agir ainsi, à ne pas se ranger, à brûler les cigarettes par les deux bouts.




33. Une étape-clé?

J'ai fait partie pendant près de cinq ans de A call at Nausicaa, un groupe ultra-sincère. Je racontais des choses de moi en anglais qui pouvaient toucher certaines personnes. Le nom était une référence à Nausicaä de la vallée du vent, de Miyazaki qui m’inspire tous les jours. On a connu beaucoup de rendez-vous manqués, on était mal entourés. Alors je suis parti et j'ai décidé de m’auto-produire, j’étais dans un trip DIY, de cassettes, de concert devant une personne, comme je l’ai fait à Avignon. Et puis j'ai rencontré Mark Daumail, et voilà.


21. Des posters dans votre chambre d'enfant?

Non, mais j’étais fan à tomber d’Eric Morena et je refaisais le clip de Oh mon bateau. A la maison mes parents écoutaient plutôt Les Quatre saisons de Vivaldi ou Mack the knife, de Brecht et Kurt Weil.


12. Quelles références musicales, cinématographiques?

J’ai énormément écouté Radiohead, cela a été une vraie catharsis. La chanson Je suis une ville dans l'album Remué de Dominique A m’a fait réagir. J’allais vers cette noirceur totale. Le film déclic a été Under the skin, de Jonathan Glazer, avec Scarlett Johansson, d’une noirceur infinie, d’une candeur folle. Dans ce que j’écris, il est aussi beaucoup question de ce que l’on est et de ce qui nous est donné. Que fait-on de nos cicatrices? De nos fantômes? J’ai grandi dans un château vieux de 300 ans, près de Bordeaux, un château hanté, j’y ai vu des fantômes, j’ai grandi avec eux. Mais les fantômes sont aussi des personnes disparues qui restent au fond de notre coeur et peuvent nous dévorer. « Ferme bien ta porte, je ne veux pas qu’il t’emporte. »





34. Un accessoire indispensable en concert?

Ma casquette, elle permet de me cacher. Un mediator dans la poche, qui me rassure, car je ne l'utilise pas. Avant chaque concert, j’ai également un rituel: je me rase à blanc, cela me fait un bien fou, j’ai l’impression de changer de peau.


Le 12 mars aux Etoiles (Paris), avec Morgane Imbeaud. Et en tournée.

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